L’œil vagabond

On parle beaucoup sur la Goutte d’Or : gentrification, insécurité, saleté… Mais la Goutte d’Or reste une enclave. Celles et ceux qui y habitent, qui la fréquentent, la regardent chaque jour sous ses différents aspects, parfois insolite, incongru, piteux, étincelant. Leurs clichés narrent la vie du quartier et nous dévoilent son intimité… 

Radio Barbès se veut être un média participatif où chacun et chacune a droit d’expression. Aussi la vie du quartier y constitue un élément essentiel.

Cette rubrique est aussi la vôtre pour se faire nous la mettons à votre disposition, comment ? En y partageant vos propres photos, vidéos ou textes sur le quartier. Toute proposition sera soumise au conseil de programmation avant diffusion.

Nous contacter par Mail, sur Facebook, Twitter ou Instagram.


Manifestation pour la régularisation des sans-papiers.

Ce dimanche 18 décembre à 11h, à l’occasion de la Journée internationale des migrants, aura lieu une manifestation Porte de La Chapelle pour la régularisation des sans-papiers…  

Des campements démantelés à intervalles réguliers, des opérations de mise à l’abri par l’Etat et les associations… c’est bien à Paris-Nord, à cheval entre les 18ème et 19ème arrondissements, que se profile l’espoir d’une vie meilleure pour des migrants souvent à peine majeurs, avec qui j’ai pu échanger le 17 novembre dernier.

Ce matin-là, de la vitre du métro aérien entre La Chapelle et Barbès, je remarque dans le paysage des camions bleus de CRS stationnés en file le long du boulevard. Plus loin, des personnes attendent de monter dans un bus. 

Un agent de l’Etat m’explique qu’il s’agit d’une opération de mise à l’abri pour les migrants, que ces bus les emmènent en banlieue ou en province, là où des solutions d’hébergement existent. 

A 11h, le dernier bus est affrété. Une trentaine de personnes attendent encore sur le trottoir, mais il n’y en aura pas d’autre ce jour-là.

Par Cel.


Dames du square, dames d’un soir…

Un soir de septembre 2022, arrivant de la rue Léon je pressais le pas en retard pour un rendez-vous rue de la Goutte d’Or. Il devait être pas loin de 22h00 (j’avais mon rendez-vous à 21h30) et pour aller plus vite, je décide de couper par le square Léon, le poumon de la Goutte d’Or et peut-être un des rares endroits où l’on croise toute la faune et la flore du quartier… Or, il s’avère que ce soir-là, tous les lampadaires étaient éteints et le square vide !?..

– Faut pas rester seul dans l’bois ! extrait d’un film belge qui me vient en tête à la vue du square plongé dans la pénombre…

Passé les 10 premiers mètres, mes yeux s’habituant au noir, j’aperçois au loin les chaudes lueurs du bar « La Goutte Rouge » tenu par le poto Fredo, précédées sur la gauche de petites lueurs blanches vives et fixes qui titillèrent mes rétines !?..

Square Léon.

Guidé par leurs scintillement, en me rapprochant, je me rend compte qu’elles proviennent de petites lampes, certaines frontales, maintenues par des individus originaires d’Afrique noire, éclairant avec assiduité les damiers où parties de jeu de dames enflammées se disputent quotidiennement.

Devant cette vision contrastée et pour le moins inédite, je décide de prendre quelques clichés avec mon smartphone histoire d’immortaliser l’instant, en signifiant aux joueurs et l’unique spectateur qui tenait la lampe éclairant les jetons de poker bicolores faisant office de pions, que je ne compte pas cadrer leurs visages.
Ils acquiescent amusés…

Dames du square

Après deux-trois pressions sur l’écran tactile de mon téléphone, j’avertis aux acteurs de ce moment que je compte faire une courte vidéo. (qui sait, servira-t-elle un jour…)
Ils acquiescent une seconde fois, soixante secondes passent…

« Merde ! Mon rendez-vous !!! »

Je remercie mes trois complices et leur envoie mon au-revo…

– HÉ ! Attends, filme ça !!! me lance le joueur en chef des pions verts.

Dames d’un soir

Djo pour l’œil vagabond


Retour d’exil

C’était vendredi dernier, jour férié du 11 novembre. Les Parisiens ont déserté la capitale en ce week-end prolongé.
Il est 18h dans le quartier presque endormi de la Goutte d’Or quand des tambours résonnent rue Doudeauville. Une dizaine de Sénégalais marchent en dansant et chantant. 

Que célèbrent-ils ? L’un d’eux, Tidiane, m’informe que ce jour marque le retour d’exil de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur en 1886 du Mouridisme, une confrérie islamique soufie du Sénégal. 

Le pays est alors gouverné par l’administration coloniale française qui s’inquiète de la popularité du chef religieux. Elle décide de le déporter au Congo en 1895. Après 7 ans d’exil, Ahmadou Bamba revient au Sénégal le 11 novembre 1902. 

11/11/22, rue Ernestine, Paris 18

Ce n’est pas la première fête mouride à laquelle j’assiste dans le quartier. 
Le 6 octobre 2020 alors que la nuit tombe, chants et danses animent la place Louis Baillot, au carrefour des rues Ordener et Marcadet. Les écrans de téléphone filment un homme aux allures de prêcheur. C’est la première fois qu’on me parle du mouridisme et de son fondateur. J’apprends que ce jour fête le départ en exil du même Ahmadou Bamba, soit la plus importante fête religieuse des mourides.   

06/10/20, place Louis Baillot, Paris 18

Mais en quoi le mouridisme se démarque-t-il des autres branches de l’islam ? Tidiane m’explique que ses pratiquants, les Bay Fall, ne prient pas et ne jeûnent pas. C’est le travail qui tient lieu de prière et la pratique religieuse du Bay Fall se fait à la sueur de son front. 
Leur présence rappelle que l’islam ne se réduit pas à la division entre sunnites et chiites. 

A travers ces rencontres, je comprends qu’il n’y a pas une mais des identités musulmanes, que l’interprétation d’une religion est aussi multiple que les branches d’un arbre, et que ces branches peuvent s’entrelacer et cohabiter, quel que soit le pays ou le continent.  

Par Cel

  


Barbès sans Tati ?!

Par Cel

« Ça, pour ça, ça a toujours été commerçant Barbès, mais c’est vrai que c’est plus pareil, y’a pas à dire… »
Voilà ce que disait une habitante du quartier il y a déjà 15 ans*. 

Et aujourd’hui, que dirait-elle ? A quoi ressemblera Barbès sans Tati ?

Car au fil des décennies, c’est tout un système Tati qui s’est mis en place dans le quartier, en s’étendant au-delà des seuls magasins de la marque. Des boutiques de destockage ont essaimé partout sur le boulevard, proposant elles aussi « les plus bas prix ».

Aujourd’hui, alors que Tati n’est plus, ces boutiques continuent à reproduire cette ambiance de braderie permanente, avec leurs bacs sortis sur le trottoir, contenant serviettes de bain, vêtements pour bébé et gadgets divers à prix bradés.

A quelques mètres, dans l’ex-immeuble Tati faisant face à la Brasserie Barbès, s’est niché un concept-store à mi-chemin entre la galerie et l’espace de co-working.

Derrière ses vitrines sont exposées des revues d’art en français, anglais, italien, arabe. Sur une table traînent des croquis de mode, probablement la future collection d’une marque afro branchée avec blousons estampés « Fela Kuti ».

Derrière une porte cachée à l’étage, on entre dans ce qui reste du passé : des sols nus, des murs de ciment, une balustrade d’escalier en ruine, une vitrine sur laquelle se reflète l’image d’un Sacré-Cœur au dôme rose Tati.

* Extrait de l’article d’Emmanuelle Lallement sur https://www.cairn.info : « Tati et Barbès : Différence et égalité à tous les étages »


Circulation(s) à La Chapelle…

Par Cel

Une opération d’évacuation – ou plutôt de « mise à l’abri » (sic) – de migrants s’est déroulée jeudi dernier, dès 7h du matin. Au moment où ces photos ont été prises, cela faisait déjà 4h que le nettoyage avait commencé. 
Le camp de près de 700 personnes s’était formé fin septembre après le démantèlement d’un autre camps près du canal de l’Ourcq le 28 septembre dernier. 

Selon France Terre d’Asile, on ne comptait cependant pas 700 mais un millier de personnes ce jeudi matin, car certains migrants venus d’autres camps ont rejoint l’opération dans l’espoir d’être mis à l’abri.
Selon Utopia 56, des places d’hébergement ont été ouvertes pour mettre les migrants pris en charge à l’abri à Paris et en région. Parmi ces derniers, on compterait « une très grosse majorité de personnes afghanes, qui subissent régulièrement des mises à l’abri et sont ensuite remises à la rue » (Utopia 56).

A quelques mètres,  une exposition photo sur le pont Saint-Ange qui enjambe les voies de la Gare du Nord rappelle le projet de faire du boulevard de La Chapelle une « promenade urbaine ». Pensé depuis 2014 sur 1,4km de longueur – de Barbès à Stalingrad –  ce projet inclut divers aménagements comme des espaces d’apprentissage du vélo, de glisse urbaine, d’agriculture urbaine…
Pour l’heure, les campements sous le métro aérien donnent à cette promenade un visage bien moins bucolique. 


Manifestation, répression et bonnet rouge

Par Cel

C’était le 15 mai 2021, une manifestation pro-Palestine à Barbès réprimée à coups de bombe lacrymo. Ce n’était pas le bon jour pour se balader à Montmartre : « Je me suis fait gazer avec mes enfants ! On était en vacances, on se promenait près du Sacré-Coeur… » 


Homme-pigeon

Par Cel

La Goutte d’Or, c’est bruyant, c’est sale, et certains se posent sur le trottoir comme si c’était leur chez-soi…

Alors un commerçant a trouvé une solution radicale pour dégager les squatteurs comme on se débarrasse des pigeons…


Fini la vie en (vichy) rose / Tonton Barbès

Emblème historique du quartier Barbès depuis 1948, le magasin Tati occupait 9 immeubles sur le boulevard longeant le métro aérien.
La première photo a été prise en juillet 2020, date à laquelle la fermeture du magasin a été actée. Cette décision marquait donc la disparition du dernier magasin Tati, tous les autres étant passés sous l’enseigne GIFI.

Initialement, le groupe GIFI avait racheté les magasins TATI et il était prévu que le magasin de Barbès soit le seul magasin qui conserverait le nom de TATI.
Mais à en croire les vendeuses de TATI Barbès, depuis 2018, le magasin n’était plus approvisionné, laissé à l’abandon. Comme le dit une vendeuse dans un article du Parisien de juillet 2019 : « on écoule les stocks des magasins qui ferment partout en France ».

Quant à la devise de Tati, « les plus bas prix », une salariée raconte dans le même article : « Les prix augmentent toutes les semaines. Je dois sans arrêt changer les étiquettes. Les 2,99 euros deviennent des 3,99 euros puis des 4,99 euros, ça ne s’arrête jamais. »

Que sait-on du futur projet ? Pour le moment, des palissades bleues (sur lesquelles on peut lire « HEY TONTON ! ») ont remplacé le vichy rose. Il n’y aurait pas de démolition en vue. On parle de logements, de nouveaux commerces, et d’un hôtel.
Et enfin, que fera-t-on des 4 lettres géantes qui trônent toujours sur le toit de l’immeuble ? Ces 4 lettres appartiennent pour certains au patrimoine de Paris… Pour d’autres, elles donnent à Barbès son identité de quartier populaire… mais pour combien de temps encore ?

Cel


Pistes cyclables boulevard Barbès…

Vous l’avez sûrement remarqué… Début juin, la piste cyclable du boulevard Barbès a été peinte en vert, en prolongement de ce qui avait été fait boulevard de Magenta 2 ans avant. 
A ce propos, David Belliard, adjoint de la Mairie de Paris en charge des mobilités, tweetait le 9 juillet 2020 : « Boulevard Magenta, la couleur, ça change tout ! Belle idée pour limiter les conflits vélos/piétons. »

Ça change, oui, mais encore faut-il qu’elle soit entretenue, cette couleur… au risque de passer du vert fluo au vert rouillé.
En témoignent ces quelques photos prises à différentes dates : les 9, 13 et 27 juin sur le boulevard Barbès et, en comparaison, l’état des pistes « vertes » sur le boulevard Magenta 2 ans après.

Surtout, colorer les pistes cyclables n’empêche pas les piétons de marcher sur celles-ci quand ils n’ont d’autre choix (quand le trottoir est grignoté par des travaux ou des terrasses « temporaires »).

Cela n’apporte aucune avancée aux débats sur l’aménagement des mobilités : Faut-il grignoter le trottoir ? Elargir la piste cyclable (qui mesure 1,20m de largeur) ? Autoriser la voie bus aux cyclistes dans un Paris où la circulation est aujourd’hui limitée à 30km/h, et donc, la cohabitation bus-taxis-cycles envisageable ? Revoir tout le plan de circulation – comme proposer des sens uniques aux véhicules motorisés – ?
 
Acheter de la peinture sur un aménagement sans le repenser dans son ensemble, cela n’est qu’un pansement provisoire et qui ne permet pas de diminuer les conflits.
A bon entendeur…

Cel